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Martinique

Interview: L’univers surréaliste et audacieux de Cédric Richer (Film, Animation et VFX)

Réalisateur, Directeur Artistique et Animateur 2D & VFX, Cédric Richer, est surtout depuis 2015 membre associé de PANAMÆRA, un collectif de créatifs visionnaires, et société de production émergente basée à Paris. Il mène avec ses associés des projets créatifs marquants, dans l’univers du clip vidéo (Kendrick Lamar, Schoolboy Q, Nekfeu, Hamza, Damso, Kalash…) jusqu’à la publicité (Netflix, Balmain, Vogue, Lancôme, Nike, Givenchy…).

Lorsqu’il est de retour dans sa Martinique natale, il n’hésite pas à réaliser des expérimentations vidéos intimes, parfois mystiques ; qui lui permettent une véritable reconnexion aux sources. Découvrons le parcours inspirant de cet enfant des îles.

Extraits des réalisations de PANAMÆRA – www.panamaera.fr

C – De la Martinique jusqu’à PANAMÆRA. Comment as-tu débuté ton aventure professionnelle dans ce monde créatif ?

C – J’ai débuté et fait mes armes en freelance, en tant que DA (Directeur Artistique) et motion designer, travaillant principalement pour des boîtes de post production sur des projets variés : Renault Tweezy, Coca-Cola, DS3, Arte, France 3, pathé gaumont.

Puis j’ai rencontré mes associés, il y a 6 ans maintenant. L’ADN de PANAMÆRA c’est 4 personnes : Yann Bigay, Quentin Curtat, Gary Bialas et moi. Et aujourd’hui nous sommes 3 associés, et toujours aussi affamés.

Yann a une casquette de producteur s’occupe des relations publiques et du networking. Quentin a un background solide en photo avec une énorme culture visuelle que je partage. On forme un binôme lui et moi, quand c’est signé PANAMÆRA, c’est réalisé par nous deux.

PANAMÆRA ça a été 100% de nos journées, depuis qu’on s’est rencontré. J’habite à 5 min du boulot. Quand je ne vais pas bien, je sais que j’ai cet espace de création qui me permet de temporiser mes démons. C’est autant du travail que de la passion, et j’ai une excellente relation avec ces messieurs, je rigole beaucoup.

C’est impossible pour nous de ne pas injecter notre exigence dans tout ce que l’on fait. Mais il faut savoir faire la part des choses : quand tu fais des vidéos corporate, tu n’es pas dans le lab qu’offre le clip. Le clip c’est ultra libre, notamment quand tu as un bon nom, une bonne marque. On fait appel à toi pour la bonne idée et pour impressionner on va dire, être très créatif. Le corpo c’est ultra codé, tu es au service d’un client.

Quelques projets de PANAMÆRA (avec Cédric Richer):

Netflix – Le Fil Rouge by Cédric Richer & Too Soon – Production PANAMÆRA
New international campaign for Netflix US “Le Fil Rouge

Balmain x Vogue by PANAMAERA
Film for BALMAIN’s Pre-Fall 2018 womenswear and mens ready-to-wear collections & BBOX bag

SCH – RAC by PANAMÆRA
Music video to announce SCH’s new release “ROOFTOP”
Kalash ft. Damso – JTC – Praliné by PANAMÆRA
New work for Kalash x Damso shot in Paris/
2 tracks into one music video.

C – A quel moment tout a explosé? C’était quand le Shift pour toi, pour PANAMÆRA ?

C – Le shift il est très clair, c’est le 05 Mai 2015. On rencontre Kendrick Lamar, en gros Yann était encore chez Universal. Quand il y a des artistes internationaux qui sont distribués sur le territoire européen, il recherche des photographes pour faire les images de presse pour les territoires concernés, du coup ils voyagent, et ils font leurs promos pour l’album. A l’époque, c’est “To Pimp a Butterfly” qui sortait, Kendrick était à Paris, son équipe cherchait des photographes. Yann qui était chef de projet, a réussi à placer Quentin, c’était un tour de force incroyable. On a passé une journée totalement irréelle avec Kendrick.

Jusqu’à ce qu’on le voit débarquer dans le studio, on se dit “naaah” ça va pas se faire. Et puis là, on le voit débarquer. Ce que tu ressens c’est : y’a quelque chose qui va se passer, pendant et après. Je suis un fan extrême de Kendrick, je n’ai pas fait la groupie, mais j’étais en train d’exploser à l’intérieur. Ça s’est super bien passé, on a fait des photos magnifiques et iconiques. (voir les photos ici)

Dans cette journée se passe un instant qui a tout changé : Yann parle à son manager, ça commence à parler de clips. Ils doivent partir à Londres dans 2 jours. Donc en gros, est-ce que ça nous intéresserait de faire un clip de Kendrick Lamar en 2 jours (en vrai tu te dis j’ai 48h, est-ce qu’on peut vraiment faire ça ?) On s’est liquéfié sur place, c’est maintenant ou jamais. “Est-ce qu’on le fait ? Évidemment qu’on le fait.”

Kendrick Lamar – God is Gangsta by PANAMÆRA
First PANAMÆRA’s music video ever shot.
Written, prepped and shot in 72 HRS @ Paris.

Du coup on a probablement perdu 5 points de vie, on va peut-être crever plus tôt, hahaha. On s’est tué pendant 72h. Entre idées, scénarios, présentations dans la loge de monsieur à l’hôtel, pré-production, tournage, il s’est passé 24h, ce qui est totalement dingue…

On a tourné au Silencio, qui n’acceptait aucun tournage, même pas du cinéma français à l’époque. Du coup Yann & Kendrick ont réussi à négocier un showcase de 15 min de Kendrick.

On a tourné le 5 Mai 2015, et la vidéo sort le 1er Janvier 2016. Entre temps on a été hébergé par TDE, Top Dawg Entertainment (le label de Kendrick).

On a tourné en Juin on est parti à Los Angeles pendant 1 mois, on a fait des clips pour Isaiah Rashad, SZA, Jay Rock et Lance Skiiiwalker, Schoolboy Q, Zacari (en Août/Setepmbre).

C’est là que ça a commencé pour nous. On a eu une présence aux USA et en France en même temps, beaucoup de presse. C’est là que ça s’est colmaté. On est resté longtemps avec TDE, donc on a fait pas mal de choses pour à peu près tous les artistes. Ça nous a gardé occupés pendant un petit moment, projet ultra complet. Tout ça en 2 ans.

C – C’est très inspirant. Biberoné à la culture RAP & Hip-hop, depuis la Martinique, on sent les références dans ton univers créatif. Peux-tu nous parler un peu de ton parcours ?

C – J’ai grandi en Martinique jusqu’en 2006, donc jusqu’à 20 ans. Je peux dire maintenant que je suis bilingue parce que j’ai eu envie très tôt d’apprendre l’anglais et que ma mère m’a inscrit à des cours, dès le primaire (et je la remercie vraiment). La question c’est pourquoi ? Pour pouvoir regarder BET ! J’étais passionné de RAP de HIP-HOP, et du coup d’anglais, ça me frustrait de ne pas comprendre.

Mon premier choc visuel et sonore hip hop c’était le son de Snoop Dog où il se transforme en doberman : Snoop Dogg – Who Am I (What’s My Name)?

Bref, j’ai validé un DEUG d’anglais à l’Université du campus de Martinique, et cette année-là, j’ai découvert Christian Macari. Je lui ai envoyé un long email pour lui dire à quel point j’étais fasciné par ce qu’il faisait et que c’est ce que je voulais aussi pour moi. Il m’a aiguillé sur absolument tout, ce que je devais faire, d’aller à l’ESAG PENNINGHEN, une école privée plutôt coûteuse. Mes parents n’avaient pas les moyens, donc ils ont fait un prêt (et m’ont fait confiance surtout).

En parralèle du sport (basket, natation, velo) et de l’anglais, je dessinais beaucoup. J’étais fan absolu de comics et des mangas auxquels j’avais accès (souvent des prêts des cousins ou les potes de mon frère ainé), donc je reproduisais tout. Jusqu’a ce que je me mette à vraiment tester mon imagination pendant totue mon adolescence. Ensuite j’ai trouvé en l’ESAG une porte. Je me suis spécialisé en arts graphiques, et suis sorti diplômé en tant que Directeur artistique / Graphiste Concepteur.

Après ça, je n’ai pas voulu être m’enfermer en agence, donc je me suis lancé en indépendant en tant que DA/ motion designer (en gros du graphisme animé) : habillage de chaine tv, d’écran événementiel, identité de marque, vidéos ludiques…

Le best of VFX de Cédric Richer :

L’ESSAG m’a beaucoup formé à la composition graphique, la culture typographique, la culture visuelle beaucoup plus large que ce que j’avais. Ils m’ont familiarisé à la suite Adobe, dont After Effect et autres logiciels. Mais en gros, on te forme à 20% mais les 80% qui restent c’est à toi de savoir où tu veux aller. 

J’ai échoué pas mal de fois avec After Effect, et jusqu’à maintenant je bosse dessus.

Capture d’écran de la piste de montage After Effect de Cédric Richer pour la tournée des zenith de Booba Nero Nemesis (2015)

C – Comment la culture caribéenne influence-t-elle ton travail ?

C – Je dirais que c’est mon sens du rythme, c’est une compétence ultra clé en mise en scène et montage. Non je ne verse pas du rhum sur mon clavier (ok je le fais, mais par accident). J’ai une oreille musicale et un sens du rythme que j’arrive à traduire dans ce que je fais visuellement. 

Comme la plupart du temps on est au service d’artistes et de business, sur le papier je n’injecte pas vraiment ma culture dedans en vérité, mais elle se traduit autre part : techniquement. Mon sens du découpage, et comment faire pour que les images s’agencent bien, racontent la bonne histoire. C’est du perfectionnisme, mais je sens que ça vient aussi du rythme. Grandir en Martinique forge un oeil, une sensibilité accrue pour la beauté. Je suis sans cesse fasciné et j’essaye d’exploiter ce sens dans tout ce que je crée.

Sur la question identitaire, c’est une question ultra importante parce qu’il y a une frustration pour nous, les artistes qui sont parti, on se trouve souvent frustrés de ne pas être présents, ne pas prendre la parole, ou ne pas avoir les couilles de transmettre, ou de prendre position.

Parce qu’on ne se sent peut-être illégitimes parce que loin. Soit on n’a pas les mots pour, soit on a pas le temps. Ça, thérapeutiquement, j’essaie de le combattre à chaque fois que je rentre. Donc depuis 2010, à chaque fois que je rentre, je me fais des petits films, où j’y met mon coeur, et le coeur du péyi. Il faut que ce soit autre chose que ce que je fais ici : pour me reconnecter ! Du coup je fais cet exercice-là à chaque fois que je rentre, il faut que je capte le pays. Et ça me fait grave du bien, notamment la deuxième partie : de faire le montage. Où mettre les choses pour raconter mon histoire. Il y a des instants magiques.

BiguineJazzFestival 2019 teaser by Cédric Richer
Music: Kassav – gadé an haut

Je suis un électron libre, mais j’avoue que j’aimerais bien avoir un terrain au pays, construire une maison, ou une tiny house, et avoir un vrai chez moi là-bas. Tout en étant totalement disponible pour bosser partout dans le monde. Même si pour le moment, j’ai du mal à me projeter à cause du covid. C’est toujours dans un coin de ma tête.

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